Welcome PageRESEARCHART CURATIONThe clarity of the labyrinth DetailsBettina SamsonClaire-Jeanne JézéquelJeppe HeinPierre LabatStéphanie NavaRémy RivoireChristine SibranFACULTY EXHIBITIONS TEACHINGDESIGN PROJECTSCV

Research practice based in Paris, and Sydney
Reflections on art, architecture and public space

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LA CLARTÉ DU LABYRINTHE Stéphanie Nava (1973, Marseille) présente plusieurs pièces dans le cadre de cette exposition : des dessins et une pièce produite pour loccasion, une maquette de maison qui rejoue une œuvre plus ancienne de lartiste : Lhypothèse dune certaine interprétation, de 2001. « Une commode en acajou sur laquelle sont posés des vases, un «tiroir» doré est sorti de son logement, une image encadrée est accrochée au mur. Réalisée à loccasion de lexposition Utopies à Marseille, Lhypothèse dune certaine interprétation convoque la cité radieuse, Unité dhabitation du Corbusier. À la fois meuble et maquette, cette pièce figure le bâtiment tel quil a été construit [ les vases seront ainsi disposés à lemplacement des modules (équipements sportifs, jardin denfants, cheminées...) présents sur le toit- terrasse, le «tiroir» réalisera lidée première, explicitée dans le photomontage, de construction du bâtiment en casier à bouteille dans lequel sinsèrent les modules de logement ] tout en dépassant le simple fait de reproduction à échelle réduite dune maquette, proposant un trope - de limmobilier au mobilier - qui interroge entre-autres le devenir décoratif dun geste architectural utopique. Ce bâtiment pose aujourdhui des questions à la fois urbanistiques et politiques [comment ce projet conçu au départ pour doter de façon extensive la population dun certain confort dhabitation est-il devenu - à Marseille - une unique résidence de standing pour catégories socio-professionnelles élevées ; comment une réflexion sur la circulation interne, laménagement des appartements, pour la mise en place dune possible vie communautaire a-t-elle pu servir dexemple pour la construction des cités qui nient ces exigences ; comment dune pensée globale de lhabitat nont été retenues que des apparences, des façades ? etc. ] que lhypothèse dune certaine interprétation essaie de mettre en exergue, avec comme arrière plan cette interrogation : comment saccordent sur la durée lesthétique et lutilitaire, lutopique et lusage ? Par delà la «critique» architecturale, cette pièce fait aussi écho, malgré son apparente incongruité au sein de mon corpus, à tout un pan de mon travail qui sattache à la question du secret, à la manière dont celui-ce se loge, se sédimente ou se déploie (la figure du tiroir, poncif de la représentation du secret, condensant bien sûr cela), ainsi quà un grand intérêt pour le mobilier et la façon dont celui-ci prend place au sein de nos existences. Lidée de la maquette est de la sorte soumise à un possible retournement, dun immeuble «rétréci» et transformé en commode, cette pièce peut tout autant se présenter tel un meuble qui affirme par le travestissement sa fonction de logement : doté de réceptacles en attente dêtre remplis (les vases), contenant de portions dexistence au sein de ses tiroirs et étagères, ainsi objet à même de cristalliser bien des façons dhabiter le monde (auxquelles ferait écho le transfert dans la langue : comment «meubler la conversation»...), physiquement et mentalement. » SN De lapparente compacité du meuble en vision frontale, on voit quun tiroir est ouvert, à limage des modules despaces mis en place par Le Corbusier, comme un « casier à bouteille dans lequel sinsèrent les modules de logement ». Stéphanie Nava présente une maquette qui rejoue lœuvre Lhypothèse dune certaine interprétation, 2001. Lutopie que représente la théorie de Le Corbusier sest concrétisée à Marseille par la construction de la cité radieuse (1945-52). Ce projet devient un meuble, un objet du quotidien, concret, manipulable, fonctionnel (elle explore le « devenir décoratif dun geste architectural utopique »). La pièce Lhypothèse dune certaine interprétation, 2001 était au moment de lexposition aux Etats-Unis, dans le cadre de lexposition Spatial city : an architecture of idealism organisée par Platform (www.frac-platform.com). Sa mobilité (du meuble et de la pièce réalisée par Nava) était effective dans le cadre de ce parcours à travers les Etats-Unis. Cette maquette nous évoque lutopie architecturale et urbanistique de Le Corbusier, et sa diffusion à travers le monde comme icône culturelle partagée.
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On poursuit cette idée du déploiement dans limaginaire architectural et urbanistique personnel de Stéphanie Nava. Des dessins montrent comment larchitecture est liée à limaginaire du corps, comme organes en réseaux les uns avec les autres, ou isolés comme des îles. Peter Sloterdijk explicite dans louvrage Sphères III : écumes, 2005, comment la notion dîle occupe limaginaire contemporain, et la manière dont ces îles ou ces bulles tentent de coexister dans lespace, par des jeux de tensions (l'espace est ainsi redéfini par ces interactions entre individus). Les dessins exposés, comme un travail en cours, présentent les voies rhizomatiques empruntées par la pensée dans lélaboration artistique, en lien avec un imaginaire de la ville et du paysage. Une autre pièce, Redoutable, de 1999, imbrique à la fois le lieu de linteraction entre deux personnes (sous la forme dune conversation autour dune table), et léchelle du territoire. La genèse de Redoutable provient de la découverte dune expression ancienne et inusitée aujourdhui: "bien tenir son coin" qui signifie être brillant dans un discussion de manière à tenir en respect tout ses interlocuteurs. Je lai croisée avec une notion de stratégie militaire qui est le fait de savoir "prendre parti des replis du terrain" de telle sorte que lon pourra disposer ses troupes dans les dépressions de celui-ci à linsu de lobservation de lennemi. Redoutable permet au convive situé dans le coin où a émergé un petit volume dans le plateau en plâtre, de disposer à sa guise pour dominer la discussion dune multitude de petits arguments imprimés sur des sortes de dominos (argument philosophique, argument esthétique, argument fallacieux, etc...), cachés par cette petite redoute au regard des autres convives. La table est ici le lieu de la discussion comme à la fois jeu et bataille dont lenjeu serait la prise de pouvoir dans ce topos particulier de la conversation. Le territoire de la conversation (avec ses versants philosophique, scientifique, esthétique, géopolitiques, etc.) est figuré comme une maquette topographique en plâtre. Ce coin de table suggère une maîtrise du territoire, mais comme la vue densemble synthétique nest pas possible, il suggère une errance dans un questionnement jamais résolu, ouvert, qui ne permet pas la synthèse entre les différents « versants ».
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